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IGGY & LES STOOGES

IGGY & LES STOOGES

Modifié le 01/12/2022 à 23:20
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IGGY & LES STOOGES 

Real Wild Childs 

"Im a loco Mosquito/Run and Run I Go"

 

Detroit City ou Motor City. Ville industrielle où sont implantées les usines à produire du rêve américain, du moins l’un de ses symboles les plus reconnaissables, les bagnoles. Detroit, c’est Métropolis de Fritz Lang version US. Une ville drainant une population ouvrière multi raciale, concentrant en son sein les classes les plus déshéritées, les plus pauvres du pays. A la fin des sixties, elle devient le foyer ardent d’où émergea la musique la plus radicale, la plus violente de l’époque.

Mytch Ryder allumera la mèche avec son soul rock en fusion, brûlant comme à peine sorti de la fonderie. MC5 battant le fer tant qu’il est chaud,celui des Stooges sera dur. De l’acier trempé. Plus de feu, ni de chaleur, il ne reste que la rage…

Eté 67 : l’été de l’amour ! Pas à Détroit. Ici on n’est pas la Californie. Il n’y a ni amour, ni été à Detroit. Exclue du rêve américain dont elle est l’envers,  la ville reste aussi en dehors de la contestation de la jeunesse. A peine en perçoit elle un écho, assourdi par le vacarme des usines.

C’est 1967 All Across Detroit. Un chaleur accablante et rien à faire… Rues jonchées de garbage,de  trash, et cette chaleur poisse qui vous colle à la peau des envies de meurtre. Adossé à un réverbère au coin de la rue, James Osterberg se morfond. Dans le coin on l’appelle Iggy depuis l’époque où il jouait avec les Iguanas, un High School Band de la ville qui en compte des dizaines. Il ne fait rien puisqu’il n’y à rien à faire. Les frères Asheton, Ron et Scott ,deux musicos, s’amènent. Iggy les connaît bien. Ca remonte à l’année passée alors qu’il jouait avec les Prime Movers. Ron se pointait de temps en temps aux répét’ assurant une ou deux guitares. A l’époque Iggy se rasait les sourcils. On l’avait surnommé « Iggy Pop», à cause de ce mec Jimmy Pop, un junky de Detroit dont la came avait altéré le système pileux. 

Ron et Scott eux aussi s’emmerdent, écartelés entre Urgence et No Fun. Alors pour échapper à l’ennui qui leur vrille les tripes, il n’y a qu’une issue : le rock. Parce qu’il faut qu’il se passe quelque chose. Ici, tout de suite… C’est ainsi que naissent les Psychaedelic Stooges. Reste à jouer et même s’ils ne savent pas le faire, rien à foutre, ils commencent à répéter – ou plutôt à jammer et à expérimenter comme des dingues, juste pour libérer cette High Energy qui les intoxique. Un accord, un rythme et un ampli surdosé de son, c’est suffisant. La surdose c’est leur truc. Comme dans la musique indienne de Ravi Shankar. Lui a l’habileté, la technique. Eux, ils ont l’ELECTRICITE.

En quelques mois, les Stooges ( ils se sont débarassés de "psychaedelic", ça n’est pas pour eux !) sont prêts à jouer. Premier concert : Halloween 1967,  la nuit des Masques. Une party arty chez John Sinclair, l’une des figures de la ville au sujet duquel le MC5 fait déjà beaucoup de bruit, au sens propre. Leur performance laisse tout ce petit monde indifférent, mais début 68, les Stooges remettent ça cette fois devant un vrai public. Ils ont un batteur , Dave Alexander. Du coup Ron passe à la guitare. Iggy s’est peint le visage en blanc et porte une robe de femme enceinte. Un aspirateur est branché sur l’ampli. C’est son instrument. Parfois il aime bien aussi jouer avec un mixer de cuisine. On commence à venir les écouter et surtout les voir. 

Par le son alléché, Danny Fields, le dénicheur de talent de Jac Holzman, débarque prendre la température de la ville. Depuis le jackpot Doors, Elektra cherche de nouveaux groupes. Et Danny Fields est particulièrement bon dans ce genre d’exercice.

Week-end du 23 septembre 1968 : date cruciale du rock. Danny rencontre John Sinclair qui lui présente « son » MC5 sur scène au Big Hall Ballroom. Le lendemain, c’est Wayne Kramer qui l’emmène voir les Stooges, « nos petits frères ». Danny Fields signe aussitôt les deux groupes. Avant Jon Landau découvrant "le futur du rock" avec Bruce Springsteen, lui vient de voir "l’avenir du rock" avec les Stooges.

Les Stooges entrent donc en studio avec seulement 4 titres, mais « Real Cool Time » « 1969 », « No Fun » et « I wanna Be Your Dog » ce n’est pas si mal, non ?

John-Dracula-Cale est appelé à la production. Ses conceptions arty se heurtent à la vision et aux options plus primaires (ou primales) d’Iggy. Mais sa présence a quand même de bons côtés puisqu’il est accompagné par Nico, toute à sa nouvelle passion pour la couture (ah ! les aiguilles !) *.

* Nico et Iggy entretiendront à cette époque une intense mais courte liaison très sex drug and rock'n'roll. Les autres Stooges supporteront mal cette présence envahissante dans l'appartement qu'ils partagent. Il semble que c'est Iggy qui ait fait le choix de se séparer. 

Ignoré à sa sortie, l’album sera la pierre angulaire de tout ce qui allait venir. Tout comme Fun House, l’album suivant.En réaction à la production de John Cale,Fun Houseest enregistré pratiquement live en studio sans le moindre overdub vocal, dans une atmosphère de chaos annonçant déjà la fin du groupe. Jimmy Recca remplace Dave Alexander à la basse et James Williamson – que Ron et Iggy connaissent depuis l’époque des Prime Movers-  vient ajouter sa guitare.

Mais c’est live que le groupe explose comme une super nova. Particulièrement Iggy.

Sur scène, blindé de came et d’acide, il devient incontrôlable. A Real Wild Child ! Son jean commence à glisser jusqu’aux genoux selon une formule aujourd’hui célèbre. Pieds et torse nus, il n’est pas rare de le voir se lacérer le corps ou se rouler sur des tessons de bouteilles de bières. 

Le 13 juin 1970, concert « christique » de Cincinnati : Iggy marche sur une mer de bras tendus, dont ceux de Stiv Bators. A la fin de la même année, le groupe accro à la dope (hormis Ron) est lessivé. Iggy plante tout le monde, se tire en Floride puis à New York où Danny Fields l’héberge avant de le voir disparaître à nouveau.

David Bowie le retrouvera quelques semaines plus tard errant à moitié fou dans les rues de la ville. Il l’emmène à Londres. Par l’intermédiaire de MainMan Management de Tony Defries, le manager du duc blanc émincé, Bowie et Iggy décident de relancer les Stooges. L’Iguane compose de nouveaux titres avec James Williamson et appelle en renfort les frères Asheton. Le groupe reformé s’enferment dans une maison à Fulham et enregistre. Mais Tony Defries épouvanté par le résultat refuse de sortir l’album en l’état. Bowie doit intervenir pour sauver le disque. Il le remixe à LA avec Iggy début 73. « Raw Power » paru en avril 73 dans une totale indifférence médiatique qui marquera au fer rouge la prochaine génération punk au point qu’ils seront nombreux à se faire tatouer son nom au pouvoir brutal sur la peau.  

La tournée qui suit s’avère encore plus terrifiante que celle de 70. Des concerts schizos, apocalyptiques. Un chaos furieux. Iggy sur le fil du rasoir -les pieds forcément en sang -oscille au bord du précipice prêt à embrasser la mort. Rock N Roll Suicide pour de bon !

C’est à Détroit qu’a lieu le tout dernier concert des Stooges. Metallic KO bien sûr.

Les Stooges crèvent dans leur ville en poussant un ultime hurlement. Prisoners of Rock N Roll!  On ne donne pas cher de la peau d’Iggy, accro et insane, même si c’est James Williamson, compagnon de défonce et bouc émissaire, que Tony Defries vire en 74, afin de sevrer l’animal sauvage. Du coup Iggy s’installe chez… James Williamson ! Frisant l’apoplexie, Tony Defries lâche prise et Iggy qui encore une fois prend la tangente pour L.A.

Les mois qui suivront seront l’une des périodes les plus étranges et les plus sombres de sa vie : Manzarek, clavier des Doors, propose une étrange mue à L’Iguane. Prendre la place du roi Lézard au sein des Doors. Mais décidément Manzarek a bien du mal avec les sauriens ! Ce reptile ci  lui glissera aussi entre les doigts. Et en fait de lézarde c’est une brèche létale, mortifère, qui s’est ouverte. Iggy hante les nuits de LA, s’automutile dans des boites duSunset à coups de couteau et finit par être interné, ne sortant qu’épisodiquement, histoire d’enregistrer avec son acolyte Williamson les derniers titres de sa période Stooges pour l’album Kill City  (1975) transition idéale entre les Stooges et sa carrière solo.

 

 

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